Conservation

Restauration, conservation de mobilier archéologique

Les fouilles archéologiques entreprises en Égypte comme aux Philippines bénéficient d’une cellule de conservation-restauration embarqué sur le bateau, permettant une prise en charge immédiate des objets dès leur sortie de l’eau. Les premières étapes de la conservation sont ainsi effectuées sur le site même, et les traitements complémentaires, nécessitant des équipements plus lourds, sont réalisés à terre, dans un laboratoire.

Sur le bateau
Les prélèvements d’objets délicats nécessitent autant que possible l’intervention du conservateur sous l’eau. Toutefois, c’est en surface que commence véritablement la prise en charge du mobilier. L’objet est d’abord nettoyé des sédiments, puis identifié, ensuite inventorié. Un conditionnement rationnel est enfin effectué en fonction des différents matériaux. Ce stockage, sur le bateau, permet de commencer la première étape du traitement qui consiste à éliminer les sels dont sont imprégnés les objets. Les sels sont en effet néfastes à la conservation à long terme des objets; lors du séchage, la pierre et la céramique cristallisent, ouvrant des fissures et provoquant des soulèvements et des pertes de matière. Pour certains métaux comme le bronze, les sels et principalement les chlorures déclenchent une corrosion cyclique pouvant occasionner la disparition complète de l’objet métallique. Dans un premier temps, l’élimination des sels s’effectue par simple osmose, en immergeant les objets dans des bacs de rinçage contenant de l’eau douce renouvelée régulièrement. Cette extraction est contrôlée et suivie par des mesures de conductivité électrique. Les objets retrouvés sous la mer sont généralement recouverts d’agglomérats de sédiments associés aux organismes marins. Ces concrétions calcaires, parfois très épaisses et dures, rendent parfois l’objet méconnaissable, retenant une grande quantité de sel. Afin de permettre une identification des objets et de faciliter le traitement de dessalage, un nettoyage mécanique «chirurgical», parfois sous binoculaire, est effectué à l’aide de micro-burins pneumatiques et de scalpels. Ce dégagement est parfois associé à un traitement chimique car certains objets dont la surface est fragile ne peuvent endurer des vibrations et des pressions répétées. Les objets lapidaires portant inscriptions ou décors sont des exemples d’objets délicats à traiter. En règle générale, les traitements chimiques sont rarement employés sur le bateau à l’exception des objets en plomb qui ne supportent pas un changement radical de milieu. Le passage de l’eau de mer à l’eau douce entraîne une corrosion rapide et la formation d’efflorescences blanches. Ils sont alors conservés dans une solution chimique de sulfate de sodium avant d’être traités par électrochimie en laboratoire.

En laboratoire
Le minutieux travail de conservation-restauration se poursuit en laboratoire qui possède une grande diversité d’équipements permettant de faire face aux nombreux types d’altération du mobilier archéologique. Les traitements peuvent être de nature mécanique, chimique et électrochimique.

LES MÉTAUX.
La restauration des métaux et leur conservation sont complexes. Si l’or, métal noble par excellence, ne subit aucune altération, le bronze, l’argent, le fer et le plomb subissent en revanche une corrosion d’autant plus rapide que l’on a bouleversé le milieu dans lequel ils avaient atteint un équilibre (ils ont été remontés à l’air libre). Pour certains objets métalliques, la dessalinisation par osmose ne suffit pas. Lorsque la structure métallique interne le permet, le traitement doit être complété par une polarisation régulée et précise de l’objet dans une solution chimique (traitement électrochimique de stabilisation). Une fois que les sels contenus dans le métal sont éliminés, la surface sur laquelle l’objet a séjourné est précisément identifiée et la stratigraphie des produits de corrosion examinée. Un traitement adapté est alors choisi afin de supprimer sélectivement ces substances. Les solutions chimiques de divers acides, de bases, de réducteurs ou de complexants sont mises en oeuvre. Les nettoyages mécaniques par scalpel à ultrason, pinceau de fibre de verre, micro-burin pneumatique, microtour équipé de meulette diamantée, brossette, gomme abrasive complètent ces traitements de surface qui révèlent la surface d’origine de l’objet. Ce travail long et minutieux s’effectue généralement sous binoculaire. La fragilité de la surface nécessite parfois le recours à des imprégnations de consolidant. Dans certains cas, des renforts de résine ou des doublages de tissus en fibre de verre sont effectués. Les objets métalliques reçoivent ensuite une stabilisation chimique par un inhibiteur de corrosion, avant d’être recouverts d’un vernis acrylique et d’une cire minérale qui les protègent de l’humidité de l’air et permettent leur conservation à long terme. Enfin, leur stockage est réalisé à température et humidité constante pour prévenir toute reprise de corrosion.

LES CÉRAMIQUES.
Pour parfaire la dessalinisation des céramiques, des bains en eau distillée finalisent le premier traitement en réduisant le taux de sel à une valeur acceptable. Cette valeur correspond à l’innocuité pour l’objet, permettant ainsi sa stabilisation et sa conservation à long terme. Après dessalinisation, les céramiques sont restaurées: les fragments sont recollés, les lacunes sont comblées et teintées, les pâtes peu cuites et donc fragiles sont imprégnées d’un consolidant. Afin d’éviter une éventuelle recristallisation des sels, il convient de stocker ce matériel archéologique dans un local à hygrométrie et température constantes et d’en assurer le conditionnement pour d’éventuelles expositions publiques.

LE LAPIDAIRE.
Le processus est sensiblement le même pour les statues et autres éléments architecturaux en pierre. Dans un premier temps, la procédure consiste en un dégagement chimique et mécanique des concrétions. Toutefois, le marbre, le calcaire et le grès nécessitent un temps de dessalinisation plus important que le basalte ou le granite, peu perméables aux sels. Les éléments qui se désagrègent sont consolidés par infiltration d’une résine acrylique réversible. Pour les comblements ou consolidations de surface, un mastic est réalisé en broyant une pierre similaire à celle dont est constitué l’objet, et liée avec une résine réversible. Les fragments de statues, quand cela s’avère nécessaire, sont réunis par goujonnage.

LES MATÉRIAUX ORGANIQUES.
Le matériel archéologique organique (bois, cuir, vannerie, textile, os, etc.) demande un traitement rapide et délicat dès sa remontée en surface. Contrairement aux autres matériaux, l’altération des objets organiques n’est pas toujours visible. Le bois gorgé d’eau, par exemple, conserve dans bien des cas sa forme originelle. La dégradation est interne et les propriétés physiques et chimiques s’en trouvent fortement changées. Ainsi, le bois dégradé a tendance à devenir mou et spongieux. Dès sa sortie de l’eau, il se rétracte, se fend et subit des torsions. Les cellules maintenues par l’eau s’effondrent et le bois perd rapidement sa forme originelle de façon irréversible. Il est communément admis qu’en prévention le bois doit subir avant tout assèchement un traitement de consolidation. Ainsi, après nettoyage et dessalinisation, l’eau qui imbibe ces objets doit être progressivement substituée par une résine. Cette résine maintient la forme initiale des cellules, évitant leur collapsus lors du séchage, qui se fait selon un processus lent et contrôlé. La conservation n’est pas une application de techniques et de recettes de traitement mais une étape indispensable à la fouille. Parfois, dans le cas d’objets fragiles, le conservateur est le premier mais aussi le dernier à voir des détails technologiques ou historiques ténus. Au même titre qu’une fouille archéologique, il lui incombe d’enregistrer toutes les informations dont l’objet est porteur. Cette documentation, s’appuyant quelquefois sur des analyses, n’est pas le but ultime car l’objet doit aussi être stabilisé pour assurer sa pérennité, et parfois esthétiquement amélioré à des fins muséographiques. Les objets présentés lors des expositions ne représentent ainsi que la dernière étape d’un long processus de conservation et de restauration.

Texte établi d’après Olivier Berger, "De la fouille à l’exposition : restauration, conservation", dans F. Goddio, D. Fabre (ed.) Trésors engloutis d’Egypte, catalogue de l’exposition, Éd. du Seuil, Paris, 2006, p. 274-276.

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